Chapitre 8
L'oiseau perdait de l'altitude et tournoyait désormais autour de ce que le jeune homme identifia comme une montagne rocheuse, perdue au milieu d'un désert de pierraille et de sable.
""Tu es en sécurité désormais, dit-il en se posant.
-Est-ce que je suis censé me nourrir de vers comme tes oisillons? ironisa Hassan. Je ne vois pas ton nid...Je suppose que je suis censé y prendre mes quartiers pour les cents prochaines années?"
L'oiseau parut enfin prendre conscience de son animosité évidente:
"je viens de te sauver la vie...Tu devrais en être heureux...remarqua t-il, surpris.
-C'était il y a trois ans qu'il fallait me la sauver... Quand j'ai attendu ta venue en vain. Ramène-moi."
L'oiseau hocha la tête, étonné:
"Où cela?
-Au camp..."
Hassan réfléchit rapidement avant de se raviser:
"Non... A Bagdad."
Idriss eut un petit raclement de gorge amusé:
"Bagdad... Et qu'y feras-tu?"
Une lueur de détermination brilla dans le regard du jeune homme:
"Si je n'avais pas cessé de le couvrir, il n'aurait pas été pris.
-Non, corrigea l'oiseau, moqueur, vous auriez été capturé tous les deux. Je ne vois pas bien la différence.
-Je ne l'aurais pas laissé tomber, insista hassan, têtu. On était sur le point de devenir amis... Et j'en ai assez de fuir comme un rat des sables. Je veux aller à Bagdad et le ramener.
-Je ne pense pas que ce sera facile...
-Je ne peux pas toujours faire des choses faciles. Si tu ne veux pas m'aider, laisse-moi à Bagdad et repars d'où tu viens."
L'oiseau soupira:
"La reine des djinns m'a ordonné de veiller sur toi... et contrairement à ce que tu crois, je l'ai toujours fait. Je vais donc continuer... Mais souviens-toi que je trouve cette idée stupide."
Hassan sourit en se réinstallant confortablement entre les ailes de l'oiseau de feu:
"Je m'en souviendrai."
**********************************************************************************************************************************************************************************************
Les rayons du couchant nimbaient la ville d'une lueur rose' dorée. Un peu partout dans les rues, les cris des marchands disparaissaient, anticipant le silence de la nuit. Sous les ailes d'Idriss défilaient les quartiers résidentiels et leurs jardins parfumées, les masures délabrées des plus démunies et, au sommet d'un petit promontoire se dressait le somptueux palais de Sharyar qui se détachait sur le couchant.
Hassan admira ce somptueux spectacle et ressentit un leger pincement au coeur , dernier vestige de ses regrets d'autrefois . Cette ville était vraiment proche de sa capitale.
"Sois honnête, lui souffla une petite voix intérieure, la tienne était bien moins reluisante.Les habitations des nécéssiteux en couvraient plus de la moitié. Et ton palais était bien moins raffiné. Il évoquait plus une forteresse..."
Il était vrai que son grand-père était un guerrier... La guerre qu'il avait mené contre le roi des contrées lointaines avait duré plus de dix ans... Son père aussi avait prouvé sa bravoure... Quant à lui...
"Mieux vaut ne pas s'attarder là-dessus...lui souffla sa petite voix intérieure."
Idriss tournoya un instant autour de la plus haute tour du palais.
"Où suis-je censé vous déposer?
-Où est le Lion Rouge?
-Probablement dans les geôles du sultan... Bien que je ne sois guère habitué à localiser un in dividu à l'odorat, n'étant pas un chien de chasse.
-Alors, dépose -moi à la première entrée venue, ordonna Hassan."
L'oiseau poussa un profond soupir:
"Je suppose que tu as un plan?"
Hassan tressauta, un peu gêné.
-Naturellement, rétorqua t-il, sur la défensive.
-Ah? s'étonna l'oiseau, laisse-moi deviner... Tu vas entrer seul dans ce palais, empli de gardes et d'hommes du sultan, leur demanfder poliment de t'indiquer le chemin des cachots, leur emprunter la clé, trouver le Lion Rouge, le libérer et le ramener avec toi sans que personne ne te remarque?"
Hassan détesta le ton ironique de son interlocuteur qui se moquait de son plan de bataille...et plus encore de constater qu'effectivempent, il n'en avait aucun.
-Tu étais censé m'aider! jeta t-il excédé. Il suffit que tu attaques les gardiens...
-Et comment suis-je censé me glisser à ta suite dans les couloirs de ce petit palais vraisemblablement construit par et pour des humains? demanda Idriss, narquois."
Hassan jeta un coup d'oeil sur les douze mètres d'envergure de sa monture qui continuait à lui cacher de son corps gigantesque les trois-quarts du paysage. Evidemment, ce fichu volatile n'était pas dénué d'une certaine logique.
"Pose-moi discrètement dans une rue. Je trouverai bien une idée.
-Voilà qui est un peu mieux, approuva l'oiseau."
L'obscurité s'était sournoisement glissée dans les moindres recoins. Ca et là, toutefois, des fenêtres illuminées rappelaient que la vie continuait son cours derrière les murs impassibles. Le vent sifflait doucement, charriant des odeurs d'épice et de viandes grillées . Hassan frissonna et s'emmitoufla un peu plus dans son manteau, cadeau du Lion Rouge qui, bien que moins luxueux et moins ostentatoire que l'ancien, s'était révélé plus chaud.
"Explique-moi comment tu peux enfiler un truc pareil par quarante degrés à l'ombre! avait l'habitude de se moquer le maure."
Hassan ferma les yeux: la trahison de son mentor ne passait pas. Une bourrasque salua l'envol d'Idriss. Le jeune homme soupira. Il était de nouveau seul. Et il avait horreur de ça. Il secoua la tête, un peu désabusé: qui lui avait dit de venir dans cette ville pour sauver le Lion Rouge? Seul? Il aurait pû utiliser Idriss pour enfin quitter cet engrenage qui l'éloignait chaque jour davantage de chez lui depuis des années... Faire le tour du monde en un clin d'oeil afin de découvrir l'origine de ce fichu jeu et récupérer son trône...
Il haussa les épaules: "chez lui"... Cette notion lui paraissait de plus en plus abstraite... S'était-il jamais réellement déjà senti chez lui dans cet immense palais où tout le monde le détestait en le flattant à longueur de journée? Toutes ces années passées près de son vizir lui apparaissaient comme un rêve éveillé... Et c'était bien ce qui le dérageait le plus: les moments qu'il avait vécu avec lui se brouillaient, étaient parfois même entrecoupés d'autres souvenirs d'une netteté effrayante peuplé de gens qu'il pensait connaître sans parvenir à les nommer... Lorsque cela lui arrivait, souvent dans son sommeil, il se réveillait en sueur, terrorrisé...
Il arpentait les rues perdu dans ses pensées. Sa modeste mise le préservait des voleurs à présent... Et la compagnie de ces derniers ne le gênait plus... Il en était devenu un. Et il avait ressenti un début d'amitié pour un homme qui était tout sauf recommandable... Et c'était la raison pour laquelle il devait le tirer de ce mauvais pas.
Il tentait de se frayer un passage dans la foule lorsqu'une voix familière attira son attention:
"Hassan! Que fais-tu ici?"
Etonné, l'interpelé reconnut la jeune femme qui l'avait réconforté dans le désert.
"Et toi?
-J'ai été acheté par un riche famille qui me traite fort bien... La fille du vizir ... Une jeune personne adorable... J'ai eu de la chance, finit-elle avec un grand sourire. Où vas-tu comme ça?
-Je l'ignore...
-Tu veux dire que tu n'as nulle part où aller? demanda la jeune fille, effarée. Suis-moi. Tu vas dormir chez ma maîtresse."
Hassan se recula, effrayé:
"Mais tu ne peux pas faire ça! Tu peux être battue par ma faute!
-Mais non...! Elle n'est vraiment pas comme les autres... Tu verras... De toute manière, on ne peut pas la voir sans l'aimer...
-Mais...
-Fais sa connaissance et après tu me donneras ton avis ! "
Hassan ne put s'empêcher de sourire devant la mine ravie quoique toujours couverte de suie de sa jeune amie:
"Et comment s'appelle cette perle rare?
-Sheherazade."
10/10 sur 1 vote
Sélectionnez une note puis validez par "Noter"Créer un site web gratuit avec E-monsite.com.
- Signaler un contenu illicite
- 187.405 ms.
Agenda Culturel - Videos Droles - Humour et Jeux - Clips musique - Cours création de site web - Faire un site