Chapitre 7
"Sharyar attaque!"
Le lion Rouge se leva d'un bond et saisit son cimeterre qui traînait à ses pieds. Hassan en fit autant. Dehors, le fracas des armes était assourdissant.
"Bon sang, grogna le Lion rouge, il est impossible qu'il ait trouvé cet endroit seul! L'accès est par trop difficile..."
Hassan approuva en ressongeant à la sombre caverne et au goulot étroit qu'il fallait emprunter à plat ventre dans l'obscurité pour atteindre cet oasis au coeur du désert.
"On a été trahi..."
Un regard vers le Lion Rouge lui apprit que lui aussi avait retenu cette hypothèse. Un autre lui confirma ce qu'il savait déjà: lui non plus n'en était pas surpris.
Les deux hommes se ruèrent hors de la tente, pourfendant furieusement sur leur passage. Hassan se battait dos à dos avec le Lion Rouge, rivalisant d'ardeur. Les bottes apprises par le maure se révélaient très efficaces et les assaillants autour d'eux se faisaient de plus en plus hésitants.
Plus loin, Hassan aperçut l'égyptien qui montrait des signes de fatigue. Le bras droit du Lion Rouge faisait preuve d'une bravoure qu'il avait déjà maintes fois eu l'occasion de montrer au cours des batailles précédentes.
"Pourquoi Sharyar vous en veut-il autant? hurla Hassan afin de couvrir le bruit des armes.
-Crois-tu que ce soit le moment idéal pour discuter? rétorqua le Lion Rouge sur le même ton en repoussant d'un coup de botte un énième attaquant.
-Je vais peut-être mourir aujourd'hui ... J'aimerais bien savoir pourquoi! reprit le jeune homme plus fort encore en se fendant d'un estoc mortel."
Le long silence de son interlocuteur le mena à penser que ce dernier ne comptait pas lui répondre. Enfin,la voix du Lion se fit entendre à nouveau:
"Je suis entré chez lui sans autorisation.
-C'est tout? s'exclama le jeune homme. Il me semblait bien que Sharyar était susceptible mais pas à ce point! s'exclama t-il en repoussant un soldat particulièrement enragé. Je lui ai même manqué de respect une fois... Et je suis entré dans sa chambre en croyant que c'était la bibliothèque... Il ne m'en avait pas voulu!"
Le Lion eut un soufflement de fatigue:
"Tu étais un enfant! Ca n'a rien à voir!"
Hassan allait lui demander pourquoi quand une vision lui fit oublier sa question: devant lui, arme au poing se dresssait son nouvel adversaire: le grand maure, son maître d'armes, celui qui lui avait tout appris.
"Tu veux vraiment te défendre? demanda ce dernier, un peu narquois. Tu n'as aucune chance contre moi.
-Je sais, répondit sobrement Hassan. Ce que je ne sais pas, c'est pourquoi tu fais ça."
Le grand maure haussa les épaules:
"Un compte à régler avec le Lion Rouge, n'y vois rien de personnel, déclara t-il en portant un violent coup d'estoc.
-Tu as prévu de me tuer? demanda l'ex-sultan en parant avant d'oser une feinte audacieuse.
-Pas mal, apprécia son maître. Mais tu ne protèges pas assez ton coeur... C'est ton point faible... Sinon, oui, te tuer est envisageable... Sharyar m'a demandé la tête du Lion Rouge et de tout son entourage...
-Alors, je prends cela de manière personnelle" , conclut simplement le jeune homme en renversant d'un coup de pied une amphore de terre cuite de belle taille afin de dresser un obstacle entre lui et l'inéluctable.
Derrière lui, le Lion Rouge venait de se débarrasser de son assaillant aussitôt remplacé par un autre.
Des cris furieux se firent entendre: les soudards de Sharyar avaient mis la main sur la belle captive, que, pour une raison inconnue, le Lion Rouge se refusait à libérer depuis de longs mois.
Hassan voulut aller à son secours mais fut aussitôt intercepté par le maure qui lui barra le passage de son torse puissant:
"Nous sommes déjà assez occupés, tous les deux,glissa t-il, ironique. Laisse cela pour les grandes personnes, petit."
Hassan sentit la colère l'envahir insidieusement. Il essayait toujours de ne pas y céder: elle ne lui avait jamais apporté que des ennuis à ce jour. Mais ce ton condescendant associé à l'inquiétude qu'éveillait en lui les hurlements de la mystérieuse inconnue l'exaspéra au plus haut point. Furieux, il redoubla de violence. Surpris, son agresseur, qui l'avait ménagé jusque là, baissa un peu sa garde ce dont Hassan profita pour échapper à son emprise et se ruer vers la tente de la damoiselle en péril.
Il n'avait pas fait trois pas qu'un terrible éclat de rire retentit dans son dos. Glacé, il reconnut celui du maure. Il se retourna et vit que le Lion Rouge était cerné: en cessant de le couvrir, Hassan venait de le condamner.
"Tu me trahiras comme les autres, par cupidité, vengeance, amour ou distraction... Les raisons ne manquent pas", lui avait-il déclaré moins d'une heure plus tôt. Il avait raison.
Il n'avait pas fallu plus de deux minutes aux vingt soldats qui l'entouraient pour le ligoter.
A présent, le Lion, entravé de la tête au pieds, se tenait au centre du cercle de ses ennemis. Partout, ses hommes avaient cessé de se battre afin d'empêcher la lame qui se pressait contre sa gorge de continuer sa progression.
Hassan, le coeur serré, fit comme les autres.
Un homme de haute taille portant une magnifique armure rehaussée d'or et d'argent se fraya un passage jusqu'au captif et Hassan reconnut la noblesse et l'élégance de Sharyar telles qu'il avait pû les admirer lors d'une visite officielle dans son palais, quelques années plus tôt, qui s'était soldée par une déclaration de guerre.
Le regard du monarque glissa sur l'ex-sultan sans s'y arrêter: il ne l'avait pas reconnu, c'était déjà ça.
L'homme s'avança vers le Lion Rouge que trois hommes contraignaient à s'agenouiller.
"Enfin... Après deux ans d'efforts...Tu es à moi..
-Ne t'emballe pas trop, mon grand, lança le Lion Rouge avec une certaine désinvolture. Tu m'as capturé... Tu peux me torturer, me vendre, me tuer... Cela ne veut pas dire que je t'appartienne.
-Toujours le sens de la formule, n'est-ce pas, Assad... De belles phrases, c'est tout ce que tu sais faire?
-Non, je sais garder mes femmes, aussi."
Le visage de Sharyar se creusa et Hassan frémit devant la haine qu'il dégageait. La gifle partit, violente. Le Lion Rouge redressa aussitôt la tête, ignorant le magnifique bleu qui commençait à apparaître sur sa paumette.
"Ne t'avise pas de reparler de cela, gronda Sharyar d'une voix sourde.
-Pourquoi? demanda le Lion, narquois. Ce n'est pas moi qui cherche à remettre cette vieille histoire sur le tapis... Depuis deux ans... Tu aurais pû passer à autre chose... Non... Je paries que tu n'en dors même plus... Que tu t'en rends malade... D'ailleurs, je te trouve le teint cireux..."
La seconde gifle partit. Sharyar dégaina son cimeterre.
"La décapitation, maintenant...ironisa son prisonnier. Rengaine ça, tu ne vas pas me tuer... Si tu le faisais, tu te priverais du plaisir de montrer à ton peuple le sort horrible qui attend tout homme qui sera assez impudent pour aimer...Pardon... Pour séduire une de tes femmes. Ta fierté blessée ne se contentera pas d'une aussi piètre consolation."
Sharyar rengaina calmement.
"Tu as raison... Je te ramènerai à Bagdad... Et là, devant mon peuple, je te contraindrai à me supplier d'arrêter ton supplice"
Cette fois, ce fut le regard du Lion Rouge qui brilla de fureur:
"Jamais je ne supplierai un lâche, un monstre qui préfère tuer une femme chaque jour pour préserver son soi-disant honneur. Tu crois avoir souffert? Le jour où tu aimeras quelqu'un d'autre que toi-même, tu découvriras ce que la douleur peut être."
Sharyar hocha la tête:
"Nous verrons. Emmenez-le.
-Et les autres? demanda celui qui paraissait être le chef d'escorte .
-Tuez-les."
Hassan sentit un courant d'air frais dans son dos. Derrière lui, un garde venait de dégainer. Il essaya de libérer ses mains liés, sans succès. Il ferma les yeux.
Une force impressionnante le prit par les épaules tandis qu'un courant d'air froid fouettait son visage. Le sol avait disparu sous ses pieds. Surpris, il ouvrit les yeux et demeura confondu: il survolait le désert à toute vitesse. Ses épaules étaient prises dans d'énormes serres orangées . Levant la tête, il constata qu'un énorme oiseau au plumage doré l'emportait à tire-d'aile.
"Enfin réveillé? demanda l'étrange volatile.
-Je ne dormais pas! protesta Hassan. Je fermais les yeux, c'est tout.
-Est-ce une habitude des humains de fermer les yeux au milieu d'une bataille?
-Il n'y avait pas de bataille. Ils allaient me tuer."
L'oiseau secoua la tête d'un air désolé.
"Il y a toujours une bataille à mener. Même lorsque tout semble perdu. Au fait, je m'appelle Idriss.
-L'oiseau de la reine des Djinns? s'étrangla le jeune homme. Tu en as mis du temps! J'ai failli mourir des dizaines de fois depuis qu'elle m'a promis ton aide!
-Mais tu n'es pas mort, remarqua l'oiseau.
-Non, mais...
-Alors, tu n'étais pas en danger, conclut calmement l'oiseau."
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1. Koelia Le 20/06/2008 à 15:08
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