la régence

La régence (1715-1723)

 

La régence est la période transitoire qui va de la mort de Louis XIV à la majorité de Louis XV. Elle est assuré par Philippe d'orléans.

Pour en savoir plus, voici le lien vers wikipédia.

 

Le bossu de Paul Féval  (dont voici le lien direct vers l'intégrale sur e-books gratuits) décrit fort bien cette époque. Ainsi, nous avons ainsi un exemple des débuts des placements spéculatifs en la personne du traître félon qui transforme son hôtel en véritable concession immobilière en la vendant mètre carré par mètre carré à des investisseurs avides de richesses.

Mais le véritable intérêt de ce roman est bien sûr le héros, sans peur et sans reproche, justicier et protecteur de la veuve et de l'orpheline et l'envie de relire cette célèbre réplique: "Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira à toi". 

 

 

Louis XIV était mort depuis deux ans, après avoir vu s'éteindre deux générations d'héritiers, le Dauphin et le duc de Bourgogne. Le trône était à son arrière-petit-fils, Louis XV enfant. Le grand roi s'en était allé tout entier. Ce qui ne manque à personne après la mort lui avait manqué.


Moins heureux que le dernier de ses sujets, il n'avait pu donner force à sa volonté suprême. Il est vrai que la prétention pouvait sembler exorbitante : disposer par acte olographe de vingt ou trente millions de sujets ! Mais combien Louis XIV vivant aurait pu oser davantage ! Le testament de Louis XIV mort n'était, à ce qu'il paraît, qu'un chiffon sans valeur. On le déchira bel et bien.


Personne ne s'en émut, sinon ses fils légitimés.


Pendant le règne de son oncle, Philippe d'Orléans avait joué au bouffon, comme Brutus. Ce n'était pas dans le même but. A peine eut-on crié à la porte de la chambre funèbre : Le roi est mort, vive le roi ! que Philippe d'Orléans jeta le masque. Le conseil de régence institué par Louis XIV roula dans les limbes. Il y eut un Régent qui fut le duc d'Orléans lui-même. Les princes jetèrent les hauts cris, le duc du Maine s'agita, la duchesse sa femme clabauda ; la nation, qui ne s'intéressait guère à tous ces bâtards savonnés, demeura en paix.


Sauf la conspiration de Cellamare, que Philippe d'Orléans étouffa en grand politique, la Régence fut une époque tranquille.


Ce fut une étrange époque. Je ne sais si on peut dire qu'elle ait été calomniée. Quelques écrivains protestent çà et là contre le mépris où généralement on la tient, mais la majorité des porte-plumes cria haro ! avec un ensemble étourdissant. Histoire et mémoires sont d'accord.


En aucun autre temps, l'homme, fait d'un peu de boue, ne se souvint mieux de son origine. L'orgie régna, l'or fut Dieu.


En lisant les folles débauches de la spéculation acharnée aux petits papiers de Law, on croit en vérité assister aux goguettes financières de notre âge. Seulement, le Mississipi était l'appât unique. Nous avons maintenant bien d'autres amorces ! La civilisation n'avait pas dit son dernier mot. Ce fut l'art enfant, mais un enfant sublime.


Nous sommes au mois de septembre de l'année 1717. Dix-neuf ans se sont écoulés depuis les événements que nous venons de raconter aux premières pages de ce récit. Cet inventeur qui institua la banque de la Louisiane, le fils de l'orfèvre Jean Law de Lauriston, était alors dans tout l'éclat de son succès et de sa puissance. La création de ses billets d'État, sa banque générale, enfin sa Compagnie d'Occident, bientôt transformée en Compagnie des Indes, faisaient de lui le véritable ministre des finances du royaume, bien que M. d'Argenson eût le portefeuille.


Le Régent, dont la belle intelligence était profondément gâtée par l'éducation d'abord, ensuite par les excès de tout genre, le Régent se laissa prendre, dit-on, de bonne foi, aux splendides mirages de ce poème financier. Law prétendait se passer d'or et changer tout en or.


Par le fait, un moment arriva où chaque spéculateur, petit Midas, put manquer de pain avec des millions en papier dans ses coffres.


Mais notre histoire ne va pas jusqu'à la culbute de l'audacieux Écossais, qui, du reste, n'est point un de nos personnages. Nous ne verrons que les débuts éblouissants de sa mécanique.


Au mois de septembre 1717, les actions nouvelles de la Compagnie des Indes, qu'on appelait des filles, par opposition aux mères qui étaient les anciennes, se vendaient à cinq cents pour cent de prime.


Les petites-filles, créées quelques jours plus tard, devaient avoir une vogue pareille. Nos aïeux achetaient pour cinq mille livres tournois, en beaux écus sonnants, une bande de papier gris sur lequel était gravée promesse de payer mille livres à vue, Au bout de trois ans, ces orgueilleux chiffons valurent quinze sous le cent. On en faisait des papillotes, et telle petite maîtresse frisée à la bichon pouvait avoir cinq ou six cent mille livres sous sa cornette de nuit.


Philippe d'Orléans avait pour Law les complaisances les plus exagérées. Les mémoires du temps affirment que ces complaisances n'étaient point gratuites. A chaque création nouvelle, Law faisait la part du feu, c'est-à-dire la part de la cour. Les grands seigneurs se disputaient cette curée avec une repoussante avidité.


L'abbé Dubois, car il ne fut archevêque de Cambrai qu'en 1720, cardinal et académicien qu'en 1722, l'abbé Guillaume Dubois venait d'être nommé ambassadeur en Angleterre. Il aimait les actions, qu'elles fussent mères, filles ou petites-filles, d'une affection sincère et imperturbable.


Nous n'avons rien à dire des mœurs du temps, qui ont été peintes à satiété, La cour et la ville prenaient follement leur revanche du rigorisme apparent des dernières années de Louis XIV. Paris était un grand cabaret avec tripot et le reste. Si une grande nation pouvait être déshonorée, la Régence serait comme une tache indélébile à l'honneur de la France. Mais sous combien de gloires magnifiques le siècle à venir devait cacher cette imperceptible souillure !


C'était une matinée d'automne, sombre et froide. Des ouvriers charpentiers, menuisiers et maçons montaient par groupes la rue Saint-Denis, portant leurs outils sur l'épaule. Ils arrivaient du quartier Saint-Jacques, où se trouvaient, pour la plupart, les logis des manœuvres, et tournaient tous ou presque tous le coin de la petite rue Saint-Magloire. Vers le milieu de cette rue, presque en face de l'église du même nom, qui existait encore au centre de son cimetière paroissial, un portail de noble apparence s'ouvrait, flanqué de deux murs à créneaux aboutissant à des pignons chargés de sculptures. Les ouvriers passaient la porte cochère, et entraient dans une grande cour pavée qu'entouraient de trois côtés de nobles et riches constructions. C'était l'ancien hôtel de Lorraine, habité sous la Ligue par M. le duc de Mercœur. Depuis Louis XIII, il portait le nom d'hôtel de Nevers. On l'appelait maintenant l'hôtel de Gonzague.


Philippe de Mantoue, prince de Gonzague, l'habitait.


C'était sans contredit, après le Régent et Law, l'homme le plus riche et le plus important de France. Il jouissait des biens de Nevers à deux titres différents : d'abord comme parent et présomptif héritier, ensuite comme mari de la veuve du dernier duc, Mlle Aurore de Caylus.


Ce mariage lui donnait en outre l'immense fortune de Caylus-Verrou, qui s'en était allé dans l'autre monde rejoindre ses deux femmes.


Si le lecteur s'étonne de ce mariage, nous lui rappellerons que le château de Caylus était isolé, loin de toute ville, et que deux jeunes femmes y étaient mortes captives, Il est des choses qui ne se peuvent expliquer que par la violence physique ou morale. Le bonhomme Verrou n'y allait pas par quatre chemins, et nous devons être fixés suffisamment sur la délicatesse de M. le prince de Gonzague.


Il y avait dix-huit ans que la veuve de Nevers portait ce nom. Elle n'avait pas quitté le deuil un seul jour, pas même pour aller à l'autel.


Le soir des noces, quand Gonzague vint à son chevet, elle lui montra d'une main la porte ; son autre main appuyait un poignard contre son propre sein.


– Je vis pour la fille de Nevers, lui dit-elle, mais le sacrifice humain a des bornes. Faites un pas, et je vais attendre ma fille à côté de son père.


Gonzague avait besoin de sa femme pour toucher les revenus de Caylus. Il salua profondément et s'éloigna.


Depuis ce soir, jamais une parole n'était tombée de la bouche de la princesse en présence de son mari. Celui-ci était courtois, prévenant, affectueux. Elle restait froide et muette. Chaque jour, à l'heure des repas, Gonzague envoyait le maître d'hôtel prévenir madame la princesse.


Il ne se serait point assis avant d'avoir accompli cette formalité, C'était un grand seigneur. Chaque jour, la première femme de madame la princesse répondait que sa maîtresse, souffrante, priait monsieur le prince de la dispenser de se mettre à table. Cela, trois cent soixante-cinq fois par an pendant dix-huit années.


Du reste, Gonzague parlait très souvent de sa femme, et en termes tout à fait affectueux. Il avait des phrases toutes faites qui commençaient ainsi : « Madame la princesse me disait… » ou bien : « Je disais à madame la princesse… » Et il plaçait ces phrases volontiers. Le monde n'était point dupe, tant s'en fallait ; mais il faisait semblant de l'être, ce qui est tout un pour certains esprits forts.


Gonzague était un esprit très fort, incontestablement habile, plein de sang-froid et de hardiesse. Il avait dans les manières la dignité un peu théâtrale des gens de son pays ; il mentait avec une effronterie voisine de l'héroïsme, et, bien que ce fût le plus éhonté libertin de la cour, en public chacune de ses paroles était marquée au sceau de la rigoureuse décence. Le Régent l'appelait son meilleur ami.


Chacun lui savait très bon gré des efforts qu'il faisait pour retrouver la fille du malheureux Nevers, le troisième Philippe, l'autre ami d'enfance du régent. Elle était introuvable ; mais comme il avait été impossible de constater son décès, Gonzague restait le tuteur naturel, à plus d'un titre, de cette enfant qui sans doute n'existait plus. Et c'était en cette qualité qu'il touchait les revenus de Nevers.


La mort constatée de Mlle de Nevers l'aurait rendu héritier du duc Philippe ; car la veuve de ce dernier, tout en cédant à la pression paternelle en ce qui concernait le mariage, s'était montrée inflexible pour tout ce qui regardait les intérêts de sa fille. Elle s'était mariée en prenant publiquement qualité de veuve de Philippe de Nevers ; elle avait, en outre, constaté la naissance de sa fille dans son contrat de mariage. Gonzague avait probablement ses raisons pour accepter tout cela. Il cherchait depuis dix-huit ans, la princesse aussi. Leurs démarches, également infatigables bien qu'elles fussent suscitées par des motifs bien différents, étaient restées sans résultat.


Vers la fin de cet été, Gonzague avait parlé pour la première fois de régulariser cette position, et de convoquer un tribunal de famille qui pût régler les questions d'intérêts pendantes. Mais il avait tant à faire, et il était si riche ! Un exemple : tous ces ouvriers que nous venons de voir entrer à l'ancien hôtel de Nevers étaient à lui ; tous les charpentiers, les menuisiers, les maçons, les terrassiers, les serruriers. Ils avaient mission de mettre l'hôtel sens dessus dessous. Une superbe demeure pourtant, et que Nevers après Mercœur, Gonzague lui-même après Nevers, s'étaient plu à embellir. Trois corps de logis, ornés d'arcades pyramidales figurées sur toute la longueur du rez-de-chaussée, avec une galerie régnante au premier étage, une galerie formée d'entrelacs sarrasins qui faisaient honte aux guirlandes légères de l'hôtel de Cluny, et laissaient derrière eux bien loin les basses frises de l'hôtel de la Trémoille. Les trois grandes portes, taillées en cintre surbaissé dans le plein de l'ogive pyramidale, laissaient voir des péristyles restaurés par Gonzague dans le style florentin, de belles colonnes de marbre rouge coiffées de chapiteaux fleuris, debout sur leurs socles larges et carrés, chargés de quatre lions accroupis aux angles. Au-dessus de la galerie, le corps de logis faisant face au portail avait deux étages de fenêtres carrées ; les deux ailes, de même hauteur pourtant, ne portaient qu'un étage aux croisées hautes et doubles, terminées, au-dessus du toit, par des pignons à quatre pans en façon de mansardes. A l'angle rentrant formé par le corps de logis et l'aile orientale, une merveilleuse tourelle se collait, supportée par trois sirènes dont les queues s'entortillaient autour du cul-de-lampe.


C'était un petit chef-d'œuvre de l'art gothique, un bijou de pierre sculptée. L'intérieur, restauré savamment, offrait une longue série de magnificences : Gonzague était orgueilleux et artiste à la fois.


La façade qui donnait sur le jardin datait de cinquante ans à peine.


C'était une ordonnance de hautes colonnes italiennes supportant les arcades d'un cloître régnant. Le jardin, immense, ombreux et peuplé de statues, allait rejoindre à l'est, au sud et à l'ouest les rues Quincampoix, Aubry-le- Boucher et Saint-Denis.


Paris n'avait pas de palais plus princier. Il fallait donc que Gonzague, prince, artiste et orgueilleux, eût un bien grave motif pour bouleverser tout cela. Voici le motif qu'avait Gonzague.


Le Régent, au sortir d'un souper, avait accordé à M. le prince de Carignan le droit d'établir en son hôtel un colossal office d'agent de change. La rue Quincampoix chancela un instant sur la base vermoulue de ses bicoques.


On disait que M. de Carignan avait le droit d'empêcher tout transport d'actions signé ailleurs que chez lui.


Gonzague fut jaloux. Pour le consoler, au sortir d'un autre souper, le Régent lui accorda, pour l'hôtel de Gonzague, le monopole des échanges d'actions contre marchandises, C'était un cadeau étourdissant. Il y avait là-dedans des montagnes d'or.


Ce qu'il fallait d'abord, c'était faire de la place pour tout le monde, puisque tout le monde devait payer et même très cher. Le lendemain du jour où la concession fut octroyée, l'armée des démolisseurs arriva, On s'en prit d'abord au jardin. Les statues prenaient de la place et ne payaient point, on enleva les statues ; les arbres ne payaient point et prenaient de la place, on abattit les arbres.


Par une fenêtre du premier étage, tendue de hautes tapisseries, une femme en deuil vint et regarda d'un œil triste l'œuvre de dévastation.


Elle était belle, mais si pâle que les ouvriers la comparaient à un fantôme. Ils se disaient entre eux que c'était la veuve du feu duc de Nevers, la femme du prince Philippe de Gonzague. Elle regarda longtemps. Il y avait en face de sa croisée un orme plus que séculaire, où les oiseaux chantaient chaque matin, saluant le renouveau du jour, l'hiver comme l'été. Quand le vieil orme tomba sous la hache, la femme en deuil ferma les draperies sombres de la croisée. On ne la revit plus.


Elles tombèrent, toutes ces grandes allées ombreuses au bout desquelles se voyaient les corbeilles de rosiers avec l'énorme vase antique trônant sur son piédestal. Les corbeilles furent foulées, les rosiers arrachés, les vases jetés dans un coin du garde-meuble, Tout cela tenait de la place, toute cette place valait de l'argent. Beaucoup d'argent, Dieu merci ! Savait-on jusqu'où la fièvre de l'agio pousserait chacune de ces loges que Gonzague allait faire construire ? On ne pouvait désormais jouer que là, et tout le monde voulait jouer. Telle baraque devait se louer assurément aussi cher qu'un hôtel.


A ceux qui s'étonnaient ou qui se moquaient de ces ravages, Gonzague répondait : – Dans cinq ans, j'aurai deux ou trois milliards.


J'achèterai le château des Tuileries à Sa Majesté Louis quinzième, qui sera roi et qui sera ruiné.


Ce matin où nous entrons pour la première fois à l'hôtel, l'œuvre de dévastation était à peu près achevée. Un triple étage de cages en planches s'élevait tout autour de la cour d'honneur. Les vestibules étaient transformés en bureaux, et les maçons terminaient les baraques du jardin. La cour était littéralement encombrée de loueurs et d'acheteurs.


C'était aujourd'hui même qu'on devait entrer en jouissance : c'était aujourd'hui qu'on devait ouvrir les comptoirs de la Mabon d'or, comme déjà on l'appelait.


Chacun entrait comme il voulait ou à peu près dans l'intérieur de l'hôtel. Tout le rez-de-chaussée, tout le premier étage, sauf l'appartement privé de madame la princesse, étaient aménagés pour recevoir marchands et marchandises. L'âcre odeur du sapin raboté vous saisissait partout à la gorge ; partout vos oreilles étaient offensées par le bruit redoublé du marteau. Les valets ne savaient auquel entendre. Les préposés à la vente perdaient la tête.


Sur le perron principal, au milieu d'un état-major de marchands, on voyait un gentilhomme chargé de velours, de soie, de dentelles, avec des bagues à tous les doigts et une superbe chaîne en orfèvrerie autour du cou. C'était Peyrolles, confident, conseiller intime et factotum du maître de céans. Il n'avait pas vieilli beaucoup. C'était toujours le même personnage maigre, jaune, voûté, dont les gros yeux effrayés appelaient la mode des lunettes. Il avait ses flatteurs et le méritait bien, car Gonzague le payait cher.


Vers neuf heures, au moment où l'encombrement diminuait un peu, par suite de cette gênante sujétion de l'appétit à laquelle obéissent même les spéculateurs, deux hommes qui n'avaient pas précisément tournure de financiers passèrent le seuil de la grande porte, à quelques pas l'un de l'autre. Bien que l'entrée fût libre, ces deux gaillards n'avaient pas l'air bien pénétrés de leur droit. Le premier dissimulait très mal son inquiétude sous un grand air d'impertinence ; le second, au contraire, se faisait aussi humble qu'il le pouvait. Tous deux portaient l'épée, de ces longues épées qui vous sentaient leur estafier à trois lieues à la ronde.


Il faut bien l'avouer, ce genre était un peu démodé. La régence avait extirpé le spadassin. On ne se tuait plus guère, même en haut lieu, qu'à coups de friponneries.


Progrès patent et qui prouvait en faveur de la mansuétude des mœurs nouvelles.


Nos deux braves s'engagèrent cependant dans la foule, le premier jouant des coudes sans façon, l'autre se glissant avec une adresse de chat au travers des groupes, trop occupés pour prendre souci de lui.


Cet insolent qui s'en allait frottant ses coudes troués contre tant de pourpoints neufs portait de mémorables moustaches à la crâne, un feutre défoncé qui se rabattait sur ses yeux, une cotte de buffle, et des chausses dont la couleur première était un problème. La rapière en verrouil relevait le pan déchiré du propre manteau de don César de Bazan. Notre homme venait de Madrid.


L'autre, l'estafier humble et timide, avait trois poils blondâtres hérissés sous son nez crochu. Son feutre, privé de bords, le coiffait comme l'éteignoir coiffe la chandelle.


Un vieux pourpoint, rattaché à l'aide de lanières de cuir, des chausses rapiécées, des bottes béantes, complétaient ce costume, qui eût demandé pour accompagnement une écritoire luisante bien mieux qu'une flamberge. Il en avait une pourtant, une flamberge, mais qui, modeste autant que lui, battait humblement ses chevilles.


Après avoir traversé la cour, nos deux braves arrivèrent à peu près en même temps à la porte du grand vestibule, et tous deux, s'examinant du coin de l'œil, eurent la même pensée.


– Voici, se dirent-ils chacun de son côté, voici un triste sire qui ne vient pas pour acheter la Maison d'or !


Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×