Le saut du loup

Le saut du loup

 

Si vous partez en villégiature du côté du village de Ris, à quelques kilomètres de vichy, vous resterez sous le charme de l'église clunisienne, étonné devant celle des deux soeurs (pour des raisons...mais ceci est une autre histoire), charmé par l'ambiance campagnarde et intrigué devant un énorme rocher gris qui se découpe sur le ciel, émergeant de la forêt et parfois rendu rose fushia par la bruyère en fleur. Pourquoi intrigué, me direz-vous? Par son nom: le saut du loup. Après prise d'informations, les loups n'ont pas plus l'habitude de s'amuser à sauter dans le vide ici qu'ailleurs. C'est simplement qu'il y a très longtemps, un loup est tombé là. Pourquoi? 

Reprenons par le début  . Ce matin-là, la Blanchette se rendait comme à son habitude dans la forêt afin de se faire un ventre d'herbes aromatiques avec ses camarades, dirigées par Pierre et Vaillant. Vaillant était un magnifique cabot de belle taille que l'on qualifiait volontiers de molosse au village. Conscient de son rôle de protecteur, il était toujours prêt à tenir son rôle de protecteur  du troupeau et de son jeune maître contre les bêtes sauvages. Et ce n'était guère superflu : les loups sévissaient avec une rare violence en cette époque troublée : la faim les menait jusqu'aux portes du village et on commençait à craindre que la région ne devienne un deuxième Gévaudan.

Le petit Pierre, avec tout le courage de son âge, s'était armé d'un long bâton et se sentait prêt à tenir tête à n'importe quelle bête qui viendrait s'attaquer à ses biquettes. Ces dernières étaient au nombre de cinq :  la Blanchette, la Grisonne, la Noiraude, La Brunette et la Frisée. Toutes ne cessaient de trembler à l'évocation des loups qui avaient encore dévoré l'une des leurs la veille, du côté de Chateldon. Toutes sauf la Blanchette.

C'était une jeune biquette intrépide et un peu tête brûlée qui était persuadée qu'elle pouvait affronter n'importe quel danger.

"Et où allez-vous chercher une idée pareille? s'insurgeait la Noireaude.

-Avec cela, je peux battre n'importe qui! affirmait l'interessée en agitant ses petites cornes.

-Voyez-vous ça!" ricanaient les autres.

La Blanchette n'avait cure de leurs moqueries. Elle voulait aller où bon lui semblait, là où la bruyère était plus dense, plus tendre...C'était bien loin de leur coin de ripaille habituel mais peu lui importait...

Ce jour-là, forte de sa résolution, elle s'éloigna discrètement des autres. Bientôt, elle n'entendit plus leur voix. Plus que le chant des oiseaux et le bruissement du vent dans les sapins. Ravie, elle montait de plus en plus, goûtant avec délice la meilleure bruyère qu'elle eut jamais mangée. Elle se délectait depuis un petit moment lorsqu'un frémissement derrière elle la fit sursauter. Affolée, elle reconnut la silhouette du loup à quelques mètres. Elle fit un pas en arrière, tâtant de son sabot une issue de secours. Le prédateur s'avançait lentement. La Blanchette, soudain, tenta le tout pour le tout et, se retournant brusquement, partit dans une toute autre direction. Le loup, surpris, hésita un quart de seconde et s'élança. Quelle poursuite! Les sabots de la Blanchette dérapaient sur le chemin pierreux menaçant à chaque pas de la faire glisser dans le ravin qui s'ouvrait près d'elle. Le coeur  affolé, elle jetait des oeillades rapides à son poursuivant qui, concentré, paraissait près de battre un record olympique. La Blanchette en regrettait presque son escapade. Les moqueries des autres lui revenaient en mémoire. Elles avaient raison. Elle allait mourir ici... Un sursaut de révolte la secoua de la barbichette aux sabots. Elle n'avait pas dit son dernier mot. Elle bifurqua brutalement sur un petit sentier escarpé et monta plus haut dans la montagne. Le loup la suivait. Elle accéléra. La bête en fit autant. Soudain, alors qu'on pouvait penser que sa vitesse allait la pousser à s'envoler quatre mètres plus loin, elle freina brusquement de tous ses sabots. Le loup, emporté par son élan, ne put en faire autant. Surpris, il s'abîma dans le précipice qui s'ouvrait derrière le rocher couvert de bruyère. Du village, les rissois virent le plongeon spectaculaire de la bête et rebaptisèrent immédiatement le rocher "le saut du loup".  

Nul ne sut avec exactitude ce qui s'était passé  : les uns racontent que c'est le berger qui a poussé la bête à sauter, d'autres se sont douté qu'il y avait une chèvre dans l'histoire et ont appelé ce rocher le saut de la chèvre.

Mais les seuls à connaître la vérité sont les compagnes de la Blanchette qui leur a tout raconté. Et, le soir, au fond des bergeries, on se raconte comment une petite chèvre est venue à bout d'un loup affamé,ainsi qu'elle l'avait dit,  non avec ses cornes, ainsi que le croyaient ses compagnes, mais avec sa tête.

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